FAA.

militer pour un métier

Jouer est un métier. Et même, pour nous, un artisanat.
Un artisanat qui a traversé de grands changements et, en route, a gagné en diversité individuelle et perdu ses bases communes.
Nous sommes dans la situation d’un menuisier, d’un maçon, d’un ferronnier qui devraient redécouvrir tous seuls à quoi sert la scie égoïne ou la truelle plate. 

À la différence des autres artistes de la scène, nous les acteurs ne partageons quasiment pas de vocabulaire commun, ne définissons que très peu nos outils et n’avons pratiquement pas l’occasion d’apprendre de nos pairs. Nous sommes aussi les seuls à ne pas avoir une culture de l'entraînement régulier, individuel ou collectif. 

Nous avons souvent discuté avec ceux qui nous fréquentent, qu’il viennent en élèves ou en créateurs, en formateurs ou en chercheurs, des avantages et désavantages de cette situation. Une plus grande liberté, moins de sélection initiale, la possibilité pour des “hors case” d’exister là où en musique ou en danse ou en chant c’est plus difficile, parfois impossible…
Et nous ne voyons pas en quoi la recherche et le partage d’outils communs efficaces nuirait à cette diversité. Savoir utiliser un marteau dans les règles de l’art oblige-t-il le menuisier à faire la même étagère que son collègue ?   

Métier est un mot modeste, et nous avons besoin de modestie pour durer, car c’est dans la durée que s’épanouit le potentiel d’un excellent artisan. Dans un contexte où, sans rapport avec notre expérience, avec nos capacités, avec notre travail en somme, on nous appelle génies un jour et incapables le lendemain, faire, étudier, approfondir un métier nous appartient. Avoir du succès, être célèbres, être aimés… pas !

 

militer pour l’auto-organisation

Le confort est parfois un choix qui ne paye pas sur la longue durée. Beaucoup de métiers se sont créés autour des nôtres, pas tous nécessaires, pas tous insurmontables à apprendre. Dans les grandes institutions théâtrales, ce qui est dépensé pour acheter, créer, représenter des spectacles s’appelle la “marge artistique”. Elle représente en moyenne 15% du budget d’un CDN. La faa. est fière de son 83% de budget destiné aux dépenses artistiques. Ce qui veut dire que presque tout ce qui n’est pas un projet artistique se fait sous forme de bénévolat. Trouver l’argent, organiser les lieux, faire à manger, vendre, représenter, remettre le courant, rencontrer les gens, faire des programmes, remettre en eau les toilettes, tenir les comptes… En échange de la possibilité de penser, remettre en cause, déterminer les plus de rouages possibles qui constituent (et pas entourent, comme nous aimons à le croire) l'émergence de nos oeuvres. Nous savons aussi que ce qu’il nous est possible de faire en France avec l’intermittence, partout ailleurs nos collègues le payent de leur poche. 

Nous ne nous vivons pas comme un modèle. Plutôt comme l’expérimentation d’une alternative, réelle, parmi d’autres.  

 

militer pour un théâtre low-tech 

Plus le plateau est technologique, moins le travail des acteurs a d'importance. Ce n’est pas une lois, mais une tendance, c’est indéniable. Et bien sûr cela ne regarde pas que les plateaux, c’est une question d’époque.  

A Bataville nous faisons du théâtre, de la danse, du cinéma, des expositions, de la musique… avec le débit électrique d’un grand appartement. Nous avons des ampoules et des néons pour y voir quelque chose en scène. Nous nous faisons prêter le matériel son par le collège voisin. Nous plaçons des chaises pour les spectateurs. Nous avons des grandes fenêtres avec vue sur le monde, et travaillons en lumière naturelle. Nous avons une salle de bal magnifique, qui cultive notre capacité d’adaptation, bien aidée par les trois hectares de cité, forêt, champs, usine abandonné, usine en fonction… Non, ça ne remplace pas une salle de théâtre où l’on puisse créer la lumière et le son d’un spectacle. Mais ça nous permet et ça nous oblige —même si ce n’est qu’une étape— à nous intéresser avant tout à ceux qui sont sur scène.