À celui qui a su en une phrase nous faire aimer être faillibles.
À celui qui a su nous réconcilier avec le terme invention.
À celui qui a su voir nos réussites et nous montrer le chemin pour les voir.
À celui qui nous accompagne et nous accompagnera encore tant que nous pratiquerons ce qu'il nous a transmis.
À ce sacré grand bonhomme qui rirait d'un tel hommage.
Merci Yves Delnord
Extrait de Jouer, Tome 1
Yves Delnord et le Laboratoire Autonotation
Yves Delnord est tireur à la carabine et au pistolet et entraîneur national. Champion olympique (Montréal, 1976, épreuve 50 mètres de carabine à trois positions), il a accompagné vers la victoire de nombreux champions et championnes de l'équipe de France. C'est à peu près tout ce que tu trouveras sur la toile si tu l'y cherches. Car Yves est un furtif, un de ces infatigables chercheurs qui travaillent dans l'ombre et préfèrent ne rien fixer, se méfiant du destin des écrits, si facilement déformables. À l’oral, en présence, il est en revanche extrêmement généreux pour partager ses expériences et l’important corpus théorique qu’il a développé. Yves est un faiseur qui refuse de se reposer sur ses acquis et remet sans cesse en question ce qu'il sait pour parfaire son artisanat. Ainsi, lorsqu'il lui est proposé de devenir entraîneur, il se met au travail, il étudie la biologie des fonctionnements humains, “car ce métier - dit-il - je ne savais pas le faire, ce n'est pas du tout la même chose d'être athlète ou d'être entraîneur”.
Le Laboratoire #7 dédié à l'autonotation que nous menons avec Yves Delnord a lieu dans les locaux de la faa. à Bataville et au stand de tir de Neuves-Maisons en juin 2019. Comme tous les laboratoires de la faa. cette session rassemble des pairs : outre Daria Lippi (en charge des protocoles de recherche) et Juliette Salmon, l’équipe se compose de Slimane Majdi, acteur, et de cinq actrices membres des Laboratoires d'Aubervilliers : Marion Bottollier, Virginie Colemyn, Pauline Desmets, Agathe Paysant, Emilie Prévosteau. Le temps du laboratoire se divise en demi-journées.
Le matin, au stand de tir, Yves commence par nous parler : un mélange infiniment riche de technique, d’anecdotes savoureuses tirées de sa carrière et de bases théoriques qui tirent leurs sources des neurosciences et de l'éthologie, puis il nous initie au tir à la carabine et au pistolet et nous apprend à tenir le cahier d’autonotation en tir. Tout du long, nous conversons : nous posons des questions et proposons des parallèles avec notre métier. L'après-midi nous travaillons au plateau. Nous choisissons quatre pratiques comme objets d’autonotation : l'entraînement, un solo de trois minutes, une partition physique de groupe, une partition dialoguée de groupe. Ce sont des matériaux au service de notre recherche : est-il possible de s’autonoter ? Selon quels critères ? Est-ce que cela produit une amélioration des partitions ? L’enjeu de ces dix jours de recherche est d’arriver à la formalisation d’un cahier d’autonotation de l’acteur. Après avoir expérimenté différentes formes de cahier “spécifique”, nous nous sommes rendues compte que la version originelle du cahier d’autonotation du tireur était parfaitement adaptée à notre pratique.
Au-delà même de la découverte du tir et du cahier d’autonotation, ce laboratoire nous a permis de consolider le bien-fondé de notre propre recherche.
Nous nous reconnaissons dans la démarche d’Yves, dans son besoin de connexion avec d’autres savoirs et particulièrement avec ce que les sciences de la cognition ou l’éthologie nous disent de nos comportements, de leur héritage biologique et culturel, de notre possibilité ou impossibilité à influer sur leur cours, de notre grand intérêt à les connaître pour en tirer partie.
Nous nous reconnaissons dans sa définition rigoureuse de son domaine d’expertise, celui de l’action, et dans sa recherche d’efficacité, qui dans sa discipline n’est pas une option.
Nous nous reconnaissons dans son éthique, quand il explore les implications très vastes, y compris politiques, du comment nous faisons l’action.
En nous reconnaissant à son tour, Yves nous a permis d’inscrire notre recherche dans une lignée. Cette rencontre a ainsi joué un rôle déterminant dans le commencement de l'écriture de cet ouvrage.